L’histoire d’une photo n°7

 Australie du Sud – Iles Neptune Nord – Cage de profondeur 26 mètres

Cela fait plusieurs jours que nous avons la chance d’avoir une météo exceptionnelle, très peu de houle et surtout une bonne visibilité. Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, les grands requins blancs sont présents depuis le 3ème jour de notre arrivée sur le site de cette nouvelle expédition.

Hier, en cage de profondeur avec Andrew et son père Rodney FOX, nous avons dénombré jusqu’à 8 grands requins blancs sur une seule plongée !

Pourtant, aucune plongée ne ressemble à la précédente et ce matin les grands requins blancs jouent à cache-cache avec nous : j’apparais, je disparais. Je suis là, je ne suis plus là ! Andrew tape sur le montant métallique de la cage. Le bruit créé devrait exciter la curiosité des requins et les faire se rapprocher de notre cage. Et bien non !

Quand je vois la visibilité que nous avons par rapport à d’habitude, je rêve de la présence de grands requins blancs devant mon objectif ! Toutes les conditions sont réunies pour réaliser de beaux clichés. Mais c’est sans compter sur le fait que nous ne sommes ni au zoo, ni au cirque : les requins sont libres de décider de s’approcher de nous ou au contraire de rester éloignés dans le bleu à patrouiller.

La scientifique de la Fondation Rodney FOX qui nous accompagne se retourne et me fait signe qu’elle a froid en frottant ses mains sur ses avant bras. Je peux comprendre que de rester immobile dans la cage depuis maintenant 25 minutes dans une eau qui ne dépasse pas les 15°C à 26 mètres de profondeur sans voir un seul requin ne la motive pas à dépasser ses limites physiques.

Brutalement l’expression de son visage change : ses yeux me semblent exorbités derrière son masque, des chapelets de bulles de plus en plus rapprochés s’échappent de son détendeur en signe d’accélération de sa respiration et elle recule jusqu’à se cogner dans la bouteille de plongée d’Andrew.

Instinctivement je relève mon caisson, pose mon doigt sur le déclencheur et me retourne. Il est là et me fait face, la gueule grande ouverte à moins de 50 centimètres du hublot de mon caisson photographique. IL c’est un jeune grand requin blanc dont nous estimerons la taille à près de 3,80 mètres !

Sa mâchoire se referme sur les barreaux de la cage et son œil, habituellement noir devient blanc. Certaines espèces de requins possèdent une membrane nictitante qui recouvre leurs yeux lors d’une attaque afin de les protéger. Mais le grand requin blanc ne possède pas cette membrane : lorsqu’il passe à l’attaque il révulse son globe oculaire pour le protéger. Il devient alors aveugle et se fie à tous ses autres sens hyper développés pour poursuivre son attaque.

Mais aujourd’hui, contrairement à ce que cette image laisserait penser, ce grand requin blanc n’a pas décidé d’attaquer notre cage. Il faut savoir que les requins, et particulièrement le grand blanc, possèdent un système de capteurs électro sensoriels reliés à des récepteurs positionnés autour de la tête et du museau (il s’agit d’organes sensoriels appelés ampoules de Lorenzini). Ces récepteurs sont extrêmement sensibles et permettent aux requins de percevoir les plus fines interférences électromagnétiques. Les requins utilisent ce sens à la fois pour détecter leur nourriture mais aussi pour éviter certains prédateurs car tout être vivant dans l’eau produit un faible champs magnétique. Et si les proies peuvent se cacher ou se camoufler, elles sont incapables de dissimuler leurs champs électriques !

Mais il n’y a pas qu’une proie qui produit un champs électrique : des objets, même immobiles, génèrent eux aussi des courants électriques permettant au requin de créer une sorte de carte électrique de ce qui l’entoure. Et une cage en métal attire particulièrement les requins.

Notre requin après avoir « goûté » à notre cage décide de repartir comme il était venu. Cette rencontre, bien que trop fugace à mon goût, m’aura au moins permis de réaliser ce cliché.

Il est temps, à présent, de donner le signal de remontée pour rejoindre lentement la surface et laisser notre place à l’équipe suivante qui, contrairement à nous, n’aura pas la chance d’apercevoir ne serait ce qu’un seul requin durant leurs 40 minutes de plongée.

Grand requin blanc et cage 2

 

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Un commentaire pour L’histoire d’une photo n°7

  1. Sonia Bua dit :

    Bonjour Patrice, Je vis à Marseille et suis une grande amoureuse du grand blanc. Malheureusement je n ai jamais pu assister à vos expositions et vos conférences. Actuellement j emménage dans un nouvel appartement et j ai l intention de décorer mon interieur avec de jolies photos de ce prédateur magnifique. Je voulais savoir si vous vendez des photos de vos expéditions et de vos plongées. Merci par avance de votre réponse.

    Sonia Bua.

    Date: Wed, 27 Aug 2014 19:39:34 +0000 To: soniabua@hotmail.fr

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